Un pays, une communauté

La communauté

De la grotte des Korrigans au libre océan

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Résumé



Laurent, le douzième d’une famille pauvre de marins bretons, rebelle à son éducation et extrêmement inhibé, aspire à vivre en communauté. Dans ce pays, il traverse les saisons de l’introspection, du dévouement, de la créativité, des actions et des découvertes, durant lesquelles il sort de sa réserve. Il se heurte toutefois à la dureté des relations mais aussi à leur riche originalité. Alors qu’il se découvre être un artiste fécond, il se lie à une personne dont il ne parvient plus à s’échapper.  
 

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Description


Une aubade à l’inspiration artistique qui transforme rencontres et difficultés en révélation profonde sur l’existence. Ce roman est une tentative d’interprétation non-exhaustive du sens de la vie commune dans une société qui pousse à l’individualisme. Bien qu’il relate mon expérience dans un petit pays, une culture chargée d’histoire et porteuse de nouveauté, elle est une pure fiction, tant pour les protagonistes que le lieu et évènements. Je l’ai écrite pour exprimer mon intériorité et remercier la source d’inspiration et d’improvisation qu’est la vie en communauté.

Fête, communauté, cercle, jpeg

  

Extrait

Une citation


Le signe

 

Le demi-cercle est prêt ; il attend les instruments, binious et bombardes. Accrochés l’un à l’autre, les petits doigts enroulent et déroulent les bras accoudés des danseurs. En se dépassant sur la gauche, les sabots marquent trois temps et une suspension ; sur place, ils font la même chose du pied opposé. La mélodie change, c’est le signal pour retourner la danse. Après avoir fait deux fois le pas de l’An-Dro, les villageois les répètent sur place en levant puis en baissant les bras. Sitôt fait, ils vont au centre en frappant des mains sur le troisième temps, virevoltent sur l’épaule droite ; même pas vers l’extérieur en achevant le tour. Et c’est reparti au bon vouloir des musiciens.

                                                              ***

« Chers Erwan, je suis arrivé au Radeau. Je te livre mes premières impressions. Tout d’abord, un sentiment d’étrangeté, voire d’insolite. Un accueil décapant destiné à te décourager. Des gens discutant longtemps, parfois en s’engueulant. Des enfants délurés, t’interrogeant, te souriant ou t’envoyant des pierres à l’arrivée. Des réunions interminables, d’où les participants ressortent nerveux ou ébranlés. Des repas avec tout le monde, expédiés en peu de temps. Les membres toujours affairés. Le dortoir systématique, même s’il y a des chambres disponibles. Enfin des soupers entre volontaires, à parler des engagés ou à écouter les enseignements d’un gourou en herbe. Puis le travail te happe pour la journée. Un océan de carottes à désherber, des roches à enlever, des souches à arracher. Point de fouet pour les esclaves, ni paroles, seulement la peur d’être jugé pour son labeur mal fait. La nuit sur un matelas défoncé, enveloppé dans des couvertures mitées, à entendre les ronflements de son compagnon de chambrée.

Tu peux constater mon enthousiasme délirant pour la communauté, à moins qu’il relève d’un profond masochisme. Quand tu auras terminé tes études, tu pourras me faire un bilan psychologique. Mais ne t’inquiète pas, je ne reste qu’une

semaine, dans l’espoir de comprendre quels sont les buts recherchés par le collectif. Ton ami Laurent. »

Celui qui marche entre ciel et terre est saisi par le mutisme des pierres, émerveillé par les versants garnis de sapins émeraude qui tentent leur ascension vers les hautes cimes blanches. Une percée dorée laisse apparaître une tâche azurée, un rayon ambré se répand sur l’adret fleuri de gentianes. Une ombre alarmante nappe l’ubac et ses pâturages. Le soleil se fond dans la mer ivoirine. Le silence.

Montant toujours plus haut vers le petit col conduisant vers des mazots anciens, en bois sombre et massif, enfoncés dans la poudreuse mais aux toits encore dénudés, Laurent marchait péniblement sur la crête séparant les deux vallées. Il déblayait chaque roche ensevelie dans l’oubli, afin d’y lire les marques jaunes qu’il suivait depuis la plaine. La neige était tombée la nuit, assiégeant la route en une immensité lactescente. Perdu, embrasé par l’affolement, le cœur cognant sous sa poitrine

mouillée, le marcheur balayait des yeux les passes argentées, à la recherche d’une issue vers la sécurité. Pourquoi n’avait-il pas renoncé ? Par fierté, opiniâtreté ou bien par folie ? Il n’était plus temps de s’en inquiéter, seul comptait la porte qui le mènerait vers le chaud foyer du petit chalet, sa retraite de discernement. La porte ? Deux traces dans la neige, longues et parallèles. Un skieur solitaire glissant dans les vents de liberté ou bien un traîneau imaginaire sur une route de lait ? Ce ne pouvait être des gamins, ni même des bûcherons. Rassuré par la présence des

empreintes, Laurent décida de suivre les lignes creuses qui menaient à un pas surélevé. La piste se déroulait sous ses pieds, emportant au loin effort, panique et désespoir.

Deux cornes brunes se dressaient, droites et pointues, sur la brèche entre des roches drues. Un chamois attendait l’humain perdu pour le guider vers une issue. « Qu’est-ce que tu attends, viens, ne traîne pas ! » C’était là ce qu’entendait le marcheur, avec la sereine conviction que l’animal sauvage lui indiquait le chemin, tels les dauphins qui, dans l’océan, déviaient les marins des récifs pouvant les emporter par le fond. Un regain d’espérance, une fontaine de reconnaissance jaillissant au tréfonds de l’imprudent. Arrivé à cinquante mètres du sommet, le jeune homme découvrit avec surprise que le chamois n’était pas seul ; son clan était couché sur le pré baigné par le soleil printanier. À son approche, les chèvres bondirent soudain en débandade, les unes sur les pentes escarpées, les autres dans le pierrier au risque de se fracasser les os. Le col était vide de la présence salvatrice, toutefois il s’ouvrait sur une voie balisée. Réconforté, Laurent s’enfonça jusqu’aux genoux dans la poudreuse et dégringola entre deux saillies. Il admira au passage les monts scintillants apparaissant derrière la crête. La nuit approchait. Il lui fallait s’engouffrer dans le vallon, rejoindre le torrent tumultueux, gagner les premiers mayens puis l’alpage, enfin la route le conduisant au train. À l’aide de sa crémaillère, l’engin l’entraînerait jusqu’au village. Les forces l’abandonnaient dans le couchant du désespoir, il ne pouvait compter que sur l’énergie de la volonté.

Derrière une déclivité, un des chamois l’attendait, isolé de sa horde pour achever ce qu’il avait entrepris : cueillir à nouveau le pêcheur dans son filet pour le déverser hors du danger ? Son être entier chantant la reconnaissance, Laurent salua le dauphin des montagnes ; sans un geste, afin ne pas l’effrayer. L’éclaireur cornu poursuivit sa route, en de multiples allers-retours, pour s’assurer que son protégé le suivait sans s’écarter, puis il disparut définitivement derrière les roches. Le randonneur aperçut alors un large sentier bien entretenu qui plongeait dans le vallon rocailleux. Les jambes flageolantes, il marcha mollement sur un tapis de crocus défiant la neige fondue, jusqu’à des raccards utilisés l’été pour la saison d’alpage.

Assis sur un banc ensoleillé, Laurent respira les rayons chauds qui dardaient sur son torse moite. Il laissa son corps se détendre et s’accorder avec la nature bruissante du chant des choucas, à l’unisson avec le grondement de l’eau tourbillonnante d’écume. Les yeux clos, il pensa à ses projets. Des images joyeuses se mirent à danser devant lui ; il les confia à la brise légère soulevant ses cheveux roux, épais et brillants, séchant la sueur qui perlait sur son visage souriant, lui murmurant des chants d’harmonie. Il se parla à lui-même.

« Le chamois est apparu alors que tout mon être tendait à la survie, j’ai maintenant la certitude que je dois lâcher la résistance et avancer dans la vie. Oui, je retourne pour un temps à la communauté ! »

Laurent sentit une présence à ses côtés. Il se retourna machinalement vers les cimes. L’animal était là, à deux cents mètres de la cabane, fixant son protégé. « Va maintenant, tu es sauvé. » Laurent observa la bête brune et blanche s’éloigner. Un clin d’œil de la nature. Non pas un miracle, mais un signe qui lui avait permis d’improviser dans les difficultés. La quiétude. Les dégradés jades et flamboyants d’avril se fondaient en un feu orangé, il était temps pour le voyageur de rentrer avec,

 
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