Le choix de firuze

Soufisme au Moyen Âge


Entre Mésopotamie, Iran et Anatolie, en milieu musulman, les pas d’une femme en quête de libération


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Résumé

Au Moyen Âge, entre la Mésopotamie et l’Iran, deux jeunes gens se rencontrent au sein d’une caravane, alors perturbés par un méditant soufi obstruant le passage. Pour se marier, ils omettent de dévoiler leur appartenance à chacun des deux courants qui divisent l’Islam ; mais le secret est découvert. Afin de ne pas répudier Firuze, comme l’exigent les oncles de son épouse, Alim est contraint de fuir avec elle. La dignité de femme libre exige des sacrifices. Commence un chassé-croisé teinté d’attente et de malheur.

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Description

Le choix de Firuze est un roman se situant au Moyen Âge, dans la cité des Califes et l’Iran, jusqu’au porte de l’Extrême-Orient, dans un univers soufi. Il conte la difficulté pour une femme de pouvoir librement choisir d'aimer quand la loi des hommes permet qu'elle soit répudiée. Cette fiction parle de pays, cultures et spiritualités que je ne connais pas, autrement que par le désir de goûter à leur source ; elle mentionne des conflits et guerres qui ont bouleversé des régions où ils demeurent encore aujourd’hui. Chaque entête de chapitre se situe dans le présent, bien qu’historique, en citant des poèmes soufis.

https://catalogue.5senseditions.ch/fr/home/270-le-choix-de-firuze.html
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Citation


Un extrait.

Le chant

 

Dans un bazar de Bagdad, croulant d’habits, aliments, condiments, mets cuisinés, bijoux et épices venus d’orient, déversés par la longue caravane avant de s’approvisionner en nouveaux produits, se côtoient marchands et artisans installés dans les ruelles ou les allées. D’un côté les magasins de tapis, tissus, ferblanteries ; de l’autre les ateliers de poterie, tissage d’objets en cuivre. Dans les deux parties,

s’entremêlent les mosquées, bains, écoles et auberges. Un foisonnement d’apprentis, acheteurs, saltimbanques, caravaniers, voyageurs y déambule parmi les bruits et les animaux. Jouxtant les habitations de la cité, le caravansérail bondé de clients sert également d’entrepôt pour les marchandises et les bêtes de charge ; à l’écart, dans le sérail, traitent les négociants. Cherchant la tranquillité, un couple nouvellement marié contemple le fleuve descendu des monts Taurus. Un homme vêtu de laine s’avance vers les jeunes gens. De son instrument vocal, il leur adresse les mots de Dhul-Nun al-Misri.

Ô les belles épousées des chagrins dans les jardins du secret bien caché ! Elles ont répandu leur parfum dans les prairies du cœur, arrosées par l’eau des espérances. Les chagrins les bouleversent, et le désir les plonge dans l’anxiété.



Suite à la question de l’Imam, Alim et Muhsin croisèrent leurs regards embarrassés.

L’ancien rassembla les informations fournies par son protégé. « Je connaissais personnellement Bahadour et Derya Al Reza, paix à leurs âmes, menti Muhsin. Alim a une sœur aînée du nom de Golestan ; elle habite la ferme familiale avec son époux et une fille, poursuivit-il honnêtement. Lors du décès de ses parents, elle n’était elle-même qu’une enfant. Alim a reçu des parcours à chèvres, pâtures pour les brebis, vignes et oliveraies, à Ilam, en pays kurde ; les terres sont louées en partie à des nomades et à sa sœur. Elle touche le loyer pour Alim et règle le sien par son travail. Le douaire est payé avec cet argent et le mien. Alim héritera de ma propriété. Nous y cultivons du sésame, vigne, blé, riz, abricots, oranges, citrons, légumes et lin ; nous y élevons des brebis, buffles, chevaux et chameaux pour le transport des produits. Ce n’est pas une grosse ferme, toutefois la culture y est diversifiée. Je ne vois donc aucun problème de succession. »

En écoutant l’homme le couvrir d’excuses et de for- tunes, Alim laissa ses pensées divaguer dans son terroir, sa maison de naissance occupée par Golestam, sa parenté dispersée dans la province d’Ilam. La culpabilité lui serrait la gorge et les entrailles. Il privait les siens de la joie de sa noce, non en raison de leur éloignement géographique, mais parce qu’ils étaient séparés de sa belle-famille par l’épée de la Grande Discorde des débuts de l’Islam, au sujet de la succession de l’autorité du Prophète. Alim était en effet de culture chiite, la grande minorité au sein de l’océan sunnite. Comment gagner la main de Firuze, autrement qu’en cachant ses origines à des gens qui, à l’instar des ouvriers de Muhsin, considé- raient les Chiites comme non musulmans ou craignaient que le dévoiement ésotérique de l’Islam, venu de Perse et présent aussi en Irak, affecte le respect de la Loi ? Ce n’était pas par peur de la discrimination ou de la persécution, qu’Alim dissimulait sa tradition, mais par amour

passionné pour Firuze, la fleur épanouie de Hit, que le destin lui avait donné de sentir puis plonger dans son pollen de bonheur. La soif d’informations de l’imam, du

nom de Massoud, n’était pas encore étanchée.

« Pardonnez mon indiscrétion. N’avez-vous pas de descendants légitimes pour hériter de vos terres ?

Muhsin souffla d’exaspération.

– J’ai eu deux fils ; ils sont morts lors des guerres contre les Francs ! lâcha-t-il en contenant son agacement. Mon épouse, Hayat, ne s’est pas remise des décès d’Azim et Jamâl ; moi non plus. Je ne me suis jamais remarié après la mort de ma très chère compagne. À Bagdad, j’abrite une nièce d’Hayat, sa famille et les ouvriers agricoles. Mes garçons n’ont pas eu le temps de se marier et d’avoir des petits pour hériter de mon patrimoine. Je paye au califat la dîme sur mes terres libres. Celles en limite de mon petit domaine sont déjà exploitées par l’intendant du calife. La succession

de mes terres à Alim, me permettra de les conserver. Ma nièce et son mari acceptent la situation, d’autant qu’ils sont assurés de pouvoir rester sur place.

Latif mit fin aux débats.

– Il suffit ! Nous sommes là pour nous réjouir et non pour nous juger ou faire l’inventaire de nos richesses. Nous-même ne sommes que métayers, producteurs et exportateurs de riz et d’huile d’olive. C’est comme cela que ma fille aînée, obtenant tout de son père, même d’aller en Iran convoyer notre marchandise, a rencontré son

promis. Je suis certain qu’Alim assumera ses responsabilités d’époux plutôt que de se perdre dans un de ces nombreux fityân, et qu’il protégera Firuze des errants voleurs qui sèment le trouble dans nos villes. Réjouissons-nous de notre bonne fortune. Je lève mon verre à la générosité de Muhsin Al-Qûlub, à la santé de notre imam et bien sûr à la vie de nos deux amoureux. »

Accompagnée par le Santour et le Kamânche, fredonnant une mélodie persane bien connue d’Alim depuis ses premiers langes, une femme s’avança vers la table des

mariés. Faisant face à Firuze, elle enchaîna en kurde.



Une turquoise couronnée de roses ; d’épines et d’églantines.

Une vierge passionnée de vie ; mère, elle choisit la liberté.

Une destinée seule et fidèle ; une beauté seule et éternelle.

L’aimable croise le faucon ; il la couve d’honnêteté.

Unique et lumineuse, l’extase ; exige patience et respect.

Pour la turquoise, connaissance ; l’élan de l’âme, la voie du cœur.



La voix fut recouverte d’une mélodie du Al-Anbâr. Sans laisser le temps aux mariés de se remettre de leur perplexité, la chanteuse adressa à Alim un chant en persan.



Au jardin des roses, le soleil se baigne.

Dans la fraîche source, du consentement.

Venant des pléiades, le héros descend.

D’un nuage brillant, envoie la nouvelle.

Attends, l’âme légère, et le cœur content.



Les cordes frappées du Santour aggravèrent le malaise provoqué par l’oraison de la prophétesse. Firuze prit le bras d’Alim.

« Je souhaite me retirer maintenant ? »

Les épousés s’éclipsèrent, déjouant ainsi les préparatifs destinés à les conduire, en liesse, dans la chambre aménagée pour leur première nuit commune.

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