La voie de l'errance


Mongolie intérieure des steppes et du désert de Gobi. Le début du voyage extraordinaire

La voie de l'errance éditions la lampe de chevet

La voie de l'errance  

 Un roman d'aventures et initiatique. Il parle de la résistance de trois jeunes Mongols, un combat qui les conduit à choisir une longue et périlleuse route pour revenir chez eux. Leur opiniâtreté à retrouver leur liberté leur permet, au fil des rencontres et des événements, de trouver leur destinée.Ce roman s'adresse à des jeunes comme des plus grands. Je l'ai écrit afin de célébrer la culture des nomades, parler de leurs difficultés pour leur survie, leur combat pour garder leur liberté. La voie de l'errance parle aussi de respect, courage et humilité, des atouts pour avancer, permettre la transformation, trouver sa voie. Il parle un peu de la vision chamanique, son entrelacement dans l'univers bouddhiste, sa prégnance dans les montagnes de l'Asie.

Troupeau de chamelles dans les steppes et le désert de Mongolie. Libre de droit


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Critiques:

Une errance extraordinaire
http://www.livrement-ka.com/2019/02/la-voie-de-l-errance-de-jean-luc-bremond.html 

Une quête envoûtante
https://litteratutemltipleunerichesse.wordpress.com/2019/03/22/la-voie-de-lerrance-jean-luc-bremond-2019/?fbclid=IwAR06TN3XHsZFC5ChwG1UOV5VPtMatD_XSVBa7fv3rGMKFy3Sm2nXnsLpDtQ 

Résumé

Un jeune Mongol du désert de Gobi, Naranbaatar, neuf ans, doit quitter sa yourte pour aller à l’école en ville. Avec deux camarades, ils décident de fuir l'institution scolaire chinoise pour retrouver leurs familles. Un projet ambitieux qu’un chaman viendra bouleverser. Ainsi commence l’errance, beaucoup plus longue que les fugueurs l'auraient imaginée. D’épreuves en découvertes, elle leur permet de trouver leur voie annoncée par un chant. 



Extrait 1

 
yak du Tibet habillé pour la caravane. Libre de droit


Chevauchant chacun un maigre équin, les cavaliers suivaient le yak du Mustang sur les flancs himalayens de l'Himachal Pradesh, à quatre mille mètres de dénivelé. N'ayant pu se résoudre à revendre l'animal, les jeunes Mongols l'avaient mis à pâturer avec leurs chevaux dans les prés du monastère. Ils le donneraient à leurs accompagnateurs sitôt arrivés à la frontière de Mongolie. Les adolescents avaient gardé leur robe de moine, avec mission de la retirer à leur entrer dans la zone nord du Cachemire, contrôlée par le Pakistan. Quelle joie pour ces garçons que de voyager en compagnie du couple népalais, doux, patients et attentionnés ! Une aubaine alors qu'ils pensaient poursuivre seuls après leur séjour en monastère. Avec eux, ils avaient traversé le Garhwal, où le Gange prend sa source, un pays de sommets et de glaciers, un territoire couvert de lait. Ils séjournaient chez des éleveurs qui, abandonnant l'échange de sel avec leurs confrères tibétains, commerçaient avec l'Inde des pierres précieuses et des herbes aromatiques. Naranbaatar avait pu profiter de leurs connaissances des plantes médicinales pour soigner sa jambe handicapée. Après avoir bu leur première bière et leur premier alcool fort avec les caravaniers, les nomades du Gobi s'étaient par la suite modérés au souvenir de leurs pères soûls à en tomber. Parvenu à un torrent dévalant sur la prairie amande garnie de rhododendrons défleuris, Poso, le nouveau guide népalais, proposa une halte afin de faire boire et brouter les animaux. Il fit sans tarder un feu avec de la bouse séchée en vue de préparer du thé ; son épouse s'occupa du repas : de l'orge et du fromage acidulé. Du fait de sa croissance rapide, l'os mal soudé et l'interminable randonnée, boitant à en pleurer, ses jambes ne pouvant plus le porter, Naranbaatar s'étala de tout son long. Comment continuer ? Ses camarades peinaient eux aussi, tant à l'effort qu'au régime sous-alimenté. Bien que rude par le rythme, la vie à la lamaserie les avait habitués à plus de confort. Infatigable, Poso ne leur laissait aucune possibilité de repos durant la journée, ni de traîner le matin dans leurs duvets chauds. Heureusement, sa compagne les encourageait avec douceur à supporter ces difficiles étapes sans broncher. Là c'en était trop ! Ils venaient de grimper jusqu'à un col à cinq mille mètres, puis ils étaient redescendus dans une vallée à trois mille mètres, à proximité d'un village d'éleveurs de yaks et de brebis. Sukbataar s'affala sur l'herbe à côté de son compagnon, sur le dos, pattes allongées et bras en croix.
— Je suis épuisé, nous demandons l'hospitalité ! s’exclama-t-il.
— Nous sommes à la mi-journée, je préfère avancer, répondit Poso. Maintenant que nous sommes sur du plat tu n'as qu'à grimper sur ton cheval, nous franchirons le col que tu vois là-bas.
— Non ! lui signifia sans appel l'aîné des garçons.
— Moi non plus, renchérit Kushi, j'ai froid, j'ai les pieds en feu et les jambes en coton.
— Pareil pour moi, compléta Naranbaatar.
— Désolé, il nous faut bouger avant que ne vienne juillet.
— Laisse-les se reposer cet après-midi, intervint Ninguerre.
L'homme réfléchit. Il négocierait l'achat d'un deuxième yak, ainsi les garçons pourraient rester sur la croupe des chevaux, excepté quand ils arpenteraient les sentiers escarpés et les pierriers.
— Sukbataar tu peux dresser les tentes, tu as gagné.
Enfourchant son cheval, Poso le mit au galop en direction des maisons en pierre, au bout de la vallée de tamaris, églantiers et genévriers.
Les trois Mongols se dirigèrent vers un arbre feuillu, un bouleau. Sitôt réfugiés sous la couronne de branches, ils ressentirent le besoin d'en toucher le tronc. Ninguerre les observa discrètement. À leur retour, elle leur demanda.
— Y a-t-il des arbres en Mongolie ?
— Il y en a peu dans le désert et dans les steppes, à part les arbres sacrés au pied desquels on dépose les offrandes. À Baotou, en revanche, il y en avait de très grands et de très beaux, c'était il y a longtemps, se confia Naranbaatar.
— J'aimerais bien visiter votre pays de naissance, connaître de plus près votre culture. Vous ne le voyez pas, vous dégagez quelque chose de lointain, sans doute est-ce vos origines nomades. Vous pouvez passer facilement pour des Népalais ou des Tibétains, d'autant que vous parlez couramment ces langues ; vous faites preuve d'un grand effort d'adaptation, je suis vraiment impressionnée. Racontez-moi votre quotidien dans vos foyers.
Sukbataar devança Naranbaatar qui s’apprêtait à répondre.
— Nos parents élèvent des troupeaux de chevaux, de brebis, de chamelles. Ils font du fromage séché et de l'Aïrag que nous partageons avec nos invités. Ils tondent les brebis pour la laine, ils la feutrent pour faire la toile des tentes et des vêtements. Nous avons été élevés sur des chevaux et sur des chameaux. Nous cuisinons la viande de notre élevage et de la chasse. Mon père est fauconnier, mon oncle traque l'animal avec un aigle. Nous vivons dans un campement de yourtes, parfois à plusieurs familles, nous changeons de place en fonction des pâturages. Le visiteur doit appeler avant d'entrer dans la yourte, puis il attend qu'on vienne le chercher. Tout le monde est invité, l'hôte offre toujours du thé, c'est l'hospitalité mongole. Nous avons aussi des chamans, que nous consultons pour soigner des maladies. Il y en a peu dans notre région. Chez nous, c'est le bouddhisme qui est le plus représenté, seulement nous sommes dans la république populaire de Chine. Ma famille n'est pas religieuse. La majorité de la population est han, les minorités sont opprimées, déversa pêle-mêle l'adolescent.
Ninguerre s'esclaffa.
— Je savais que nous étions différents, mais je ne pensais pas à ce point-là. Le bouddhisme, chez vous, ne vous interdit- il pas de manger de la viande, ni d'utiliser du cuir ? Et c'est quoi les yourtes, l'Aïrag ? Dis-le-moi dans ta langue.
Le garçon fut surpris. Kushi prit le relais, Naranbaatar traduisit en simultané.
— Nous sommes traditionnellement un peuple de chasseurs ; le bouddhisme a dû s'adapter. La viande ne nous man- que pas, ça fait longtemps qu'on n'en a pas mâché, par contre nous nous jetterions volontiers sur un verre de vrai lait, pas du beurre rance ou du lait salé. L'Aïrag, justement, c'est du lait fermenté, de jument ou de chamelle ; on le prépare pour plusieurs événements. La yourte est une tente ronde avec une structure en bois que l'on recouvre de toile de feutre ou de peau. Elle se démonte facilement, du moins c'est ce que disent nos parents, et elle nous protège efficacement contre le vent et le froid.
Pris soudain de nostalgie, le garçon s'arrêta.
— Pourquoi ne viendrez-vous pas avec nous ? demanda Naranbaatar.
— Nous avons des passeports en règle, néanmoins pas de visas pour les pays que vous avez projetés de traverser. Nous serons alors tous les cinq des clandestins, c'est la raison pour laquelle Poso est si nerveux.
— Pourquoi allez-vous si loin avec nous ?
— Nous souhaitons découvrir d'autres horizons. Poso est sorti du monastère à dix-neuf ans, il y était entré à cinq ans. Il a choisi de quitter l'habit juste avant ses vingt ans, l'âge des vocations. Nous nous sommes rencontrés à ce moment-là. Pour moi, il est devenu évident que je devais laisser le village pour l'aider à trouver sa voie et pour trouver la mienne. Bien que nous soyons un très jeune couple, nous avons déjà beau- coup vécu : la misère, le froid, la faim, condamnés à vivoter ou bien à abandonner nos familles. Il fallait que nous sortions du connu ; votre passage au village a été pour nous l'occasion de plonger dans l'inconnu.
— Et vous seriez vraiment prêt à nous accompagner jus- qu'en Mongolie ?
— Pour voyager, oui.



Extrait 2

 
Habitat des nomades mongols des steppes et du désert de Gobi. Libre de droit.



La steppe saline, semi-désertique, accueillait des yourtes sur un pré éclatant bordé d'ocre doré. Un soleil de plomb les faisait fumer en de grands halos troubles, telles deux lunes derrière une tempête de sable. Après une longue chevauchée, accablée par la chaleur du désert, pas moins de quarante degrés, Bolormaa, la mère de Kushi, accompagnée de son fils, plaça sa monture devant une porte peinte en rouge éclatant. Elle demanda à son benjamin de rester au-dehors avec les chevaux, descendit puis appela l'habitant.
— Tenez votre chien !
Elle rentra sans attendre d'y être invitée, en enjambant du pied droit le seuil de l'entrée. La yourte semblait désertée. Tournant dans le sens des aiguilles d'une montre, la révolution de l’astre du jour, en évitant soigneusement de ne pas passer derrière le poêle éteint, ni entre les piliers centraux, elle inspecta la tente au cas où un des occupants serait assoupi. Elle resta interdite. Sa fille était allongée sur une natte, serrée contre Sukh, l'aîné d’Oyunbiley ! Les adolescents se redressèrent, immobiles tels des saïgas surpris par un léopard des neiges. Remis de leur stupéfaction, les jeunes gens tinrent tête à l'intruse, l'indiscrète qui était sur le point de leur donner des leçons, il était désormais loin le temps du bâton ! Contre toute attente, Bolormaa se mit à rire aux éclats.
— Oyuunchimeg tu as trouvé un beau prince mongol, le joyau de ma sœur du désert, et toi, Sükh, tu as choisi ma princesse adorée. Cependant il est trop tôt pour vous marier. Où est ta mère ? demanda-t-elle à l'adresse du garçon.
— Elle est avec le troupeau, répondit l'adolescent décontenancé.
— Je vais la retrouver. Maintenant sortez !
Bolormaa se dirigea derrière la yourte et traversa un re- groupement de chamelles jusqu'à son amie qui trayait l'une d'elles, assise sur un petit tabouret. Elle prit le deuxième baquet et entreprit de l'aider, accroupie en bonhomme. Oyunbiley suspendit son geste.
— As-tu du nouveau ? 5 s'inquiéta-t-elle.
— Non je n'en ai pas, si ce n'est que votre fils féconde ma fille.
— Comment le sais-tu ?
— Je les ai vus sous votre yourte.
Oyunbiley secoua d'abord la tête, puis elle sourit.
— Ils ont dû se rencontrer chez toi pendant les cours de violon.
— C'est une bonne nouvelle.
— Oui, si seulement nous en recevions de nos petits, répliqua avec mélancolie Oyunbiley. Ils ont quatorze ans déjà. Où sont-ils donc ?
— J'aimerais tant que Kushi se décide à écrire, n'y a-t-il que votre fils qui pense à sa mère ! s’exclama avec amertume Bolormaa. Je suis venue pour autre chose. Mon cadet a neuf ans, l'âge de garder les bêtes, il restera pour vous aider. Nos aînés risquent de planer longtemps comme l'aigle dans les courants chauds, vous aurez besoin d’aide.
— Comment feras-tu sans lui ?
— Son grand frère, sa femme et ses petits, vivent avec nous. Acceptez, je vous en prie, entre nomades il faut  s’entraider. Oyunbiley fit silence, comment pourrait-elle refuser une offre si généreuse ?
— Il peut venir quand il veut. Je suis très heureuse de ta proposition, remercie-le ainsi que ton époux.
— Je l'ai emmené avec moi, il attend devant la yourte.
Une fois la traite finie, les femmes portèrent les seaux dans l'habitation. Oyunbiley versa directement le lait dans une marmite où elle le laisserait fermenter. Bolormaa poussa son fils à gauche, côté invités, puis elle offrit une boîte de thé en guise de respect. Après avoir pris le présent en inclinant la tête, l'hôtesse alla mettre de l'eau à chauffer. Sitôt fait, elle encouragea le garçon a s'asseoir avec elle à droite, la place réservée à la famille. L'enfant s'exécuta, intimidé. Oyunviley lui donna une tasse de lait et des biscuits sucrés.
— Je vais préparer du riz. Ma fille ne va pas tarder à rentrer. Depuis le début des vacances d'été, je ne la vois plus, elle a onze ans et elle fugue déjà comme son frère. Chuluun tondait les brebis avec Enkhjargal, son « fils » depuis une semaine. Au nord, le sable ocre transpirait de vapeur brûlante, au sud la steppe ondulait sous le vent humide et tiède. Le berger appréciait la compagnie de l'enfant vaillant, curieux et spontané, désirant l'accompagner dans ses tâches. Chuluun lui racontait de nombreuses anecdotes sur la vie de Gengis Khan, avec un pincement au cœur, car cela lui rappelait alors Naranbaatar sur le chemin de l'école. Enkhjargal indiqua deux points ébène sur une langue safran, des cavaliers qui approchaient au galop. Son cœur battit rapidement, tel un tambour lors des cérémonies. Il avait reconnu ses voisins qui se dirigeaient droit sur eux.
Après avoir pris une gourde sur la selle de sa jument, Enkhjargal s'avança vers les voyageurs afin de leur offrir à boire. Son camarade et son père sortirent une timbale de sous leur veste et la tendirent au jeune hôte. Chuluun vint à son tour saluer le nomade.
— Bonjour, comment allez-vous ?
— Bonjour, ça va et toi, quoi de neuf ?
— Comme vous le savez, mon fils aîné se mariera l'année prochaine. Passez-vous bien l'été ?
— Je ne t'ai pas vu au Nadaam. Mon aîné a gagné la lutte en cinq parties, c'est un faucon, rien à voir avec toi, le lion
des neuf rounds.
— C'était il y a deux ans, l'année dernière, c'était vous l'éléphant.
— Sept tours seulement, j’aurais espéré que tu sois cette année le géant. Tu es occupé et ton aîné ne semble pas pré- disposé à être berger. Je t'ai emmené mon fils, Mönkhbat, pour t'aider, accepte-le, il a le même âge que ton nouveau fiston, ils sont copains.
— Sükh se débrouille pour les troupeaux, c'est juste qu'il est plus souvent chez la famille de sa future épouse que chez nous. C'est un musicien et un bon chanteur, il est utile pour notre peuple. Pour vous aussi la saison bat son plein, vous n pouvez pas vous séparer de votre fils, qui va garder le troupeau ?
— Mon cadet, mais je te trouve trop indulgent envers ton aîné.
— La musique guérit mon cœur de père, blessé par l'absence d'un de ses gars. Mönkbaat est-il d'accord au moins ? répondit Chuluun, touché par le geste de l'homme du désert.
— Oui, je suis prêt à rester, répondit le gamin en jetant un regard complice à son camarade.
Chuluun hocha la tête.
— Je dois en parler à Oyunbiley, nous irons la voir tout à l'heure.
— Il y a autre chose. En venant chez toi, le facteur m'a remis cette lettre postée depuis l'étranger et j'ai envie d'en connaître le contenu. Je ne sais pas lire. Nous avons scellé une alliance entre nos deux familles, je revendique le droit d'avoir des nouvelles de nos garçons, dit le visiteur avec un sourire espiègle. Chuluun le regarda ahuri, il ne savait s'il s'agissait d'une plaisanterie. Son confrère lui tendit une enveloppe timbrée, plusieurs fois tamponnée, écrite de la main de son fils. Tremblant d'émotion, il l'ouvrit rapidement et en sortit la lettre.  


Liens

http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/chine-region-auto-Mongolie.htm  


 

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