La révolution du klezmer


Amit Weisberger musicien klezmer
La révolution du klezmer 5 sens éditions

La révolution du klezmer

https://www.jlbecrit.ovh/2019/02/musique-klezmer.html

Ce roman d’apprentissage parle de  la transformation d'un musicien, le retour sur lui-même en trois mouvements : la prise de conscience de son identité, le combat pour sa dignité et la reconnaissance de son unicité. Le musicien accomplit sa révolution dans un contexte nationaliste et xénophobe, il forme un grand cercle en chantant l'humour, en jouant l'amour, en dansant la vie. Ce roman parle de voyage dans un pays que j'ai eu l'occasion de visiter, de musique que j'aime écouter, jouer et danser, de cultures pour lesquelles j'ai du respect. Le nationalisme naît quand l'identité est malade. Ce roman raconte l'histoire d'un homme qui retrouve l'estime de soi en s'acceptant tel qu'il est, en reconnaissant ses erreurs, en choisissant la voie de la créativité, afin de ne pas sombrer dans l'intégrisme et le fanatisme. Il est écrit au présent, car la créativité s’exprime dans le moment présent. Chaque début de chapitre est un descriptif imagé des pas de danses klezmers, avec les chants égrenés le long du récit, ils constituent une partie du patrimoine principalement yiddish. Il ne reste plus qu’à écouter la musique qui se glisse sous les pieds et qui danse par la voix.


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Chroniques


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Une pause après la danse
violon nomade


Résumé

Elijah est un klezmer, c’est-à-dire un musicien ashkénaze. Il vit en Transylvanie Roumaine, il a vingt-cinq ans en cette année mille neuf cent vingt-cinq. C’est lors d’une de ses prestations qu’il commence une révolution en trois étapes, qui opéreront sa transformation. Il prend d’abord conscience du milieu juif auquel il appartient, du racisme et du nationalisme qui enveniment son pays. Puis il se rebelle, revendiquant le droit d’exister, libre de tous préjugés. Alors qu’il se retrouve sans violon, Elijah subit le plus radical des changements : il devient son propre instrument, un klezmer qui fait de la musique avec le chant. Mais la révolution est aussi un cercle, Elijah doit revenir dans le village où tout a commencé.


Citation 1 

Musiciens klezmers. Libre de droit


Elijah se retourne vivement, il a senti une présence derrière lui. Sur le pré fleuri de coquelicots, la silhouette d’un enfant lui cache l’astre rayonnant, malgré la pénombre sur son visage il peut voir qu’il lui sourit. Le garçon descend le talus, il se place hardiment devant le musicien qui a cessé de jouer. Le klezmer contemple l’enfant maintenant éclairé par le soleil de l’été. Il a les vêtements en lambeau, les pieds nus, les pantalons courts qui laissent apparaître la crasse de ses jambes, les cheveux très blonds mal coupés, par lui-même, un plaisantin ou un mauvais barbier ? Il a les yeux bleu délavé, légèrement bridés, ils clament l’innocence et la gaîté, ils semblent dire au musicien : « pourquoi pleures-tu, es-tu seul toi aussi ? »
Elijah regarde les mains du garçon et, chose inouïe, elles tiennent un violon. Il ne peut s’empêcher de se revoir, à peu près au même âge, jouer dans les rues pour quémander de l’argent, afin de manger et de se loger, pour lui, ses sœurs et ses frères.
« En joues-tu ? lui demande-t-il.
– Je dois bien manger, répond l’enfant en ricanant.
– Comment t’appelles-tu ?
– Istvan, et toi ?
– Elijah. Quel âge as-tu ?
– Onze ans et toi ?
– Vingt-six ans. Es-tu seul ?
– Oui. Est-ce que je peux venir avec toi ? »
Elijah ne sait quoi répondre, tant il est désarçonné, bouleversé.
L’obscurité qui l’avait auparavant englouti dans la noirceur de la culpabilité s’est, d’un seul coup, dissipée, comme par magie, mais il n’en est pas moins embarrassé. A-t-il le droit de se déplacer avec un mineur, sans doute un fugueur échappé de sa maison ? Le klezmer réfléchit. S’il dit oui, il ne serait plus seul, ils pourraient même jouer ensemble et se faire plus d’argent.
« Je veux bien, mais tu dois d’abord me dire d’où tu viens, répond-il à l’enfant.
– De Cluj. »
L’homme écarquille les yeux.
« De Cluj, mais c’est très loin d’ici ! Où est ta famille ? Que fais-tu en Bessarabie ?
– Je gagne ma vie.
– Mais pourquoi pas en Transylvanie ? »
L’enfant ne répond pas. Elijah fronce les sourcils.
« Si tu veux venir avec moi, il faut m’en dire un peu plus,
dit-il avec sévérité. Où sont tes parents ?
– Je n’en ai plus. J’ai suivi des amis.
– Et où sont-ils à présent ?
– Ils sont partis plus au sud, à Tighina.
– Pourquoi ne les as-tu pas suivis ?
– Parce qu’ils voulaient continuer à voyager, ils comptaient même aller à Bucarest, mais moi je suis fatigué.
– Et tu crois qu’avec moi tu seras plus tranquille ! Mon pauvre ami, je suis un musicien moi aussi, je n’ai pas de lieu où aller.
– Mais vous êtes un adulte, vous pouvez me protéger, mes amis sont comme moi des enfants, ils prennent trop de risques.
– Comme ?
– De se faire voler, abuser ou même tuer. »
Elijah hoche lentement la tête. Il n’a plus le choix, il ne peut pas laisser le garçon livrer à lui-même, il doit s’en occuper.
« Bon, nous retournons en ville. Nous jouerons tous les deux jusqu’à ce que je trouve une solution. Quel est ton répertoire ?
– Tout ce qui se joue en Roumanie, chant populaire, musique de danse, de fanfare et de Taraf. Je vous remercie, vous ne le regretterez pas. »
Istvan et Elijah dorment dans des granges, des paillets, des cabanes éloignées. Le klezmer regrette son violon, car il lui ouvrait plus facilement les portes des foyers. Ici la flûte est connue, mais c’est l’instrument des bergers. Les gens ont certes pitié de l’enfant, mais ils ne prennent pas assez au sérieux ses talents de violoniste au point de le payer. Les deux musiciens reçoivent de la nourriture mais pas de lit pour s’y coucher, pas de bains pour s’y laver.
Heureusement c’est l’été, il y a les rivières pour se baigner et les prairies pour s’y lover. Après deux semaines à sillonner les routes de Bessarabie, ils arrivent à Iassy. Avant de pénétrer la ville moldave, les voyageurs choisissent les berges d’un large cours d’eau pour nager. Après quelques brasses dans la fraîcheur des flots, ils s’étalent sur l’herbe grillée par l’été. L’enfant observe son compagnon qui ferme les yeux, aveuglé par le soleil ardent. Cet homme réservé ne l’a jamais vraiment questionné, il a respecté ses petites  cachotteries. Le garçon a apprécié la discrétion d’Elijah mais, maintenant, il est impatient de connaître l’homme qu’il considère en secret comme son père.
« Pourquoi es-tu sur les routes, n’as-tu pas de famille ? »
Le klezmer tourne la tête dans sa direction. L’enfant s’est relevé, il est assis face à lui.
« Comme toi je me suis mis très tôt à jouer de la musique pour gagner ma vie. Je fais partie d’une lignée de Klezmorim. Mon père m’a initié au violon. Il n’a pas pu transmettre son métier à mes deux jeunes frères, car ma mère est morte quand j’avais huit ans, mes sœurs et mes frères respectivement six, quatre, trois et un an. Puis il est parti, deux ans plus tard, en nous confiant à la famille de
ma mère. Je me souviens de ses paroles comme si c’était hier. Il imite la grosse voix de son paternel : Elijah, tu es l’aîné, donc le responsable de tes sœurs et de tes frères. Je vais partir pour retrouver Dieu qui m’a ravi mon aimée. Je dois me réconcilier avec lui et avec moi. Je dois gagner la paix pour pouvoir continuer.
Chaque jour je prierai pour vous et quand je serai prêt je reviendrai. La famille est d’accord pour vous prendre en charge, ils vous répartiront, mais c’est toi, mon fils, qui est le responsable de mes enfants. Tu dois gagner très tôt ta vie et entretenir ta fratrie, je ne veux pas que vous soyez séparés. Je te fais confiance. »
Istvan rit.
« Ça ne s’est pas passé comme prévu. Tu me demandes si j’ai une famille, je te dis « oui » mais j’en suis le père. Aujourd’hui chacun a trouvé un métier et s’est marié. Je suis très proche de mes sœurs, restées à Satu Mare, mes frères ont eu besoin de se distancier de moi, mais je les aime. Ils habitent chacun un shtetl près de notre ville, poursuit Elijah.
– Comment se nomment-ils ?
– Shimon et Isaiah. Mes sœurs s’appellent Annah et Zelda.
– Et tes parents ?
– Deborah et Natan.
– C’est quoi les Klezmorim et les Shtetl ?
– Le klezmer est un musicien qui va de villages en villes animer des fêtes et des cérémonies. Pour ma part, j’ai joué pour des anniversaires, des mariages, l’arrivée d’un rabbin, la venue d’une nouvelle Torah, l’inauguration d’une synagogue, des circoncisions, des danses et des concerts. Le shtetl est un village juif.
– C’est quoi les Juifs, la circoncision, la Torah, la synagogue, le rabbin ?
– Tu poses beaucoup de questions, mais je vois que tu écoutes. Un Juif c’est tout ça, et tout ça c’est mon peuple. Mais parle-moi de toi.
– Est-ce que tu as des enfants en dehors de tes frères et sœurs ?
– Istvan ! Ne me pose plus de questions s’il te plaît !
Je connais ton nom, ton âge et ta ville d’origine, mais j’ai besoin d’en savoir plus maintenant ! »
Le garçon le toise d’un air frondeur.
« Je te préviens Istvan, si tu veux venir avec moi, il faudra te montrer plus coopératif. Qu’as-tu à me cacher qui pourrait me retomber dessus ? », demande Elijah sur un ton autoritaire. L’enfant baisse les yeux. De toute façon, il ne pourra pas longtemps le dissimuler, peut-être même l’homme l’a-t-il déjà compris.
« Je viens d’un orphelinat à Cluj, je me suis enfui il y a cinq mois. Je n’ai jamais connu mes parents, on m’a dit qu’ils étaient hongrois. Tout ce que j’ai d’eux, c’est mon violon. J’ai appris à en jouer à cinq ans, à l’institution. Le professeur était très gentil, il m’a transmis tout ce qu’il savait. Un jour il est parti et il n’a pas été remplacé. J’ai fait comme lui. J’ai parcouru la Transylvanie pour le retrouver, c’est alors que j’ai rencontré les amis dont je t’ai parlé.
– Ne sais-tu pas qu’un enfant en fuite est recherché ? C’est pour cela que tu es allé jusqu’en Bessarabie ? Tes amis sont-ils poursuivis eux aussi ? interroge nerveusement l’homme.
– Oui », répond le gamin en pleurant.
Elijah se prend la tête entre les mains. Que va-t-il faire à présent ? Istvan lui prend le bras.
« Ne me ramène pas là-bas, je t’en supplie, je ne veux pas y retourner.
– Tu étais donc si malheureux ?
– Pas toujours, mais ils veulent m’apprendre un métier, moi je veux être violoniste. »
Elijah rit. N’est-ce pas son métier à lui, le klezmer ?
« Comment as-tu fait pour ne pas être attrapé ?
– Je me suis toujours arrangé pour rester près d’un adulte qui m’inspirait confiance.
– Mais tes amis ne sont-ils pas des enfants ? demande Eljah, surpris par la réponse du garçon, un peu déçu aussi d’apprendre qu’il n’est pas le seul à s’être occupé de lui.
– Sauf un qui était plus grand, il avait seize ans je crois. »
Le klezmer a pris sa décision, il ne peut pas abandonner l’enfant, ni même le ramener à l’orphelinat.
« Tu aurais tout de même dû me dire que tu t’étais échappé. Ne le sachant pas, j’ai peut-être pris de risques inconsidérés.
– Tu ne me l’as pas demandé.
– C’est vrai. Bien, l’interrogatoire est terminé, tu peux
rester avec moi. »
Le garçon lui sourit, un visage illuminé, ses yeux et sa bouche rient de bonheur. Puis, soudain, il fixe avec sérieux son protecteur.
« Est-ce que tu es toujours triste ?
– Pourquoi me demandes-tu ça ? demande Elijah, mal à l’aise par la question tranchante qui remue sa plaie béante.
– Parce que toute ton histoire est sans joie.
– Et toi, n’es-tu pas malheureux ?
– Non. Aujourd’hui je suis joyeux car j’ai trouvé un ami. J’ai perdu le professeur qui me rendait heureux, je l’ai longtemps cherché et je t’ai rencontré. »
L’homme reste en silence, ému par le naturel de l’enfant. Il est la joie qu’il cherchait, il est l’humour qui lui manquait.



Citation 2

Les nomades de Transylvanie. Libre de droit



Elijah prend sa flûte. Il connaît le répertoire de ces gens,
appris lors de ses prestations avec ses amis. Il était quelque-fois le seul klezmer dans un ensemble tzigane, le plus souvent c’était l’inverse, mais là il se sent d’improviser dans la nuit chaude et étoilée. Évidemment il serait plus aisé pour lui d’avoir un violon, il pourrait même emprunter celui d’Istvan, mais il ne tient pas à lui faire de l’ombre. Elijah joue un air csángó, il ne s’aperçoit pas qu’il est désormais le seul à jouer, tant il est absorbé. Puis il poursuit par une mélodie ashkénaze. Il est très vite rejoint par son jeune compagnon. Une joute est lancée, klezmer contre tzigane. Mais les équipes sont inégales, le duo est très vite écrasé par les chants. Elijah abandonne, mais pas son acolyte. Le klezmer écoute les mots qu’il ne comprend pas, il s’imprègne de la joie arrogante venue de l’orient. Lui vient à l’esprit la remarque du jeune orphelin lors de leur rencontre, à propos de sa tristesse. Pourquoi donc les klezmers apportent-ils tant de joie à leurs auditeurs, pourtant plus enclins qu’eux à tourner en humour leurs malheurs, alors qu’ils dégagent eux-mêmes tant de sérieux ? Peut-être justement parce qu’ils ne vivent pas en clan, qu’ils sont seuls et sans tribu. Son voisin, un homme d’une quarantaine d’années, lui tend une écuelle garnie de viande et de haricots.
« Tu joues de la flûte comme si tout ton corps ne demandait qu’à rire et, pourtant, tu te retiens de pleurer ; alors laisse tes larmes sortir avec tes notes inspirées et ton rire rejoindre nos chants de liberté."
Elijah reste bouche bée, l’homme aurait-il lu dans ses pensées ?
« Que le deuil noir mange ma mère si je mens, tu es un sacré bon musicien l’ami ! Comment te nommes-tu ?
Elijah.
Szabolcs, je suis l’un des fils de celui qu’on a enterré aujourd’hui, dit l’homme en se signant, je n’ai jamais
entendu tant de sons sortir d’un si petit instrument. Tu as dû sacrément t’entraîner.
C’est mon métier, je suis klezmer.

Musiciens klezmer. Libre de droit

Liens

https://zikanina.blogspot.com/2016/12/ressources-liens-historique.html


https://www.amit-weisberger.com/










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